Léon XIV et l’Épouse Infidèle. Le Cas FSSPX, un Pape Inadéquat ? Antonio Romano.

Marco Tosatti

 

Très chers StilumCuriali, Antonio Romano, que nous remercions de tout cœur, offre à votre attention cette fresque sur la situation de l’Église actuelle. Comme vous vous en souvenez peut-être, Stilum a exprimé son opinion au sujet de la crise lefebvriste ; et il nous fait plaisir qu’Antonio Romano souligne lui aussi comment un entretien direct entre le Pape et l’abbé Pagliarani aurait peut-être pu éviter une conclusion stupidement de rupture. Merci de tout coeur a Louis Lurton pour la traduction. Bonne lecture et diffusion. 

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Léon XIV et l’épouse infidèle

 

Après les vicissitudes connues traversées par les lefebvristes ces dernières décennies, le 2 février le supérieur de la FSSPX annonçait l’intention de vouloir procéder à de nouvelles consécrations épiscopales sans le mandat papal, car la Fraternité « estime que l’état objectif de grave nécessité dans lequel se trouvent les âmes requiert une telle décision ». Au lieu d’affronter personnellement cette gravissime question, Léon XIV confiait le cas à Tucho, ce qui revient exactement à choisir un loup affamé comme berger des brebis, et le cardinal Zen commentait : “Tucho, qui cherche à annuler les traditions de l’Église, comment pourrait-il ne pas détester la FSSPX ? Il serait probablement content de la voir excommuniée”. Comme d’évidence, la négociation échouait, et en refusant également l’entretien avec l’abbé Pagliarani, Léon démontrait toute son inadéquation à affronter les problèmes vitaux de “son” église. La position théologique de la Fraternité représente la frange extrême una cum : cette église est apostate, le pape est hérétique, cependant nous restons fidèles au Saint-Père. Malgré cette singulière forme pathologique de dissociation mentale, les déclarations de l’abbé Pagliarani étaient fortes et fermes :

“Il faut savoir reconnaître avec simplicité que la participation d’un Pape à un rituel en l’honneur de la Pachamama, dans les jardins du Vatican, est une folie et un scandale sans nom ; enfin, et surtout, il faut cesser de tromper les âmes et l’humanité en leur faisant croire que toutes les religions adorent le même Dieu sous des noms différents… Dans ce contexte tragique, il est nécessaire que quelqu’un ose dire : « Ça suffit ! », non seulement avec des mots, mais surtout avec des gestes concrets”. Si, dans la présente confusion, la Providence fournit à la Fraternité Saint-Pie X les moyens de proclamer clairement les droits éternels de Notre Seigneur, ce serait de notre part un péché très grave de nous soustraire à cette obligation que la foi et la charité nous imposent… Cependant, je suis surpris que, de la part du Saint-Père, il n’y ait eu jusqu’à présent aucune réponse ni réaction personnelle”.

L’abbé Pagliarani n’avait pas le courage de dire ce qu’il pensait, à savoir que l’église bergoglienne était hérétique, et utilisait l’euphémisme « confusion présente », qui motivait un état de nécessité injustifié, car il heurtait la volonté du “Saint-Père”, reconnu comme tel par les lefebvristes et donc totalement illicite. Il est clair que nous ne sommes pas en présence d’un « état de nécessité », mais bien d’un « état d’apostasie », mais cela, la Fraternité ne pouvait l’avouer au monde, car elle vivait à la merci d’« un état de simulation doctrinale ». Entre-temps, Mgr Schneider, qui avait été chargé par Bergoglio en 2015 de visiter les séminaires de la FSSPX, assumait une position ambiguë : d’un côté il pressait Léon de trouver un accord avec la Fraternité pour éviter un schisme, de l’autre, dans une interview, il révélait que plusieurs évêques qu’il avait interrogés n’acceptaient pas le magistère de François, bien qu’ils n’aient pas le courage de le dire ouvertement, mais c’était le symptôme d’un schisme déjà en cours. En tout état de cause, nous en sommes à découvrir l’eau chaude : l’église synodale-arc-en-ciel exerce son pouvoir uniquement grâce à la lâcheté de cardinaux et d’évêques qui, au lieu de reconnaître l’« état d’apostasie » de la fausse église de Rome, se perdent en bavardages inutiles.

Le 13 mai, Tucho faisait publier une menace explicite contre la Fraternité pour « schisme », « grave offense à Dieu » et « excommunication ». Nous assistions à un nouvel épisode d’Aujourd’hui les comiques (Oggi le comiche), où la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X était accusée de schisme par l’église schismatique de Rome, qui accueillait et bénissait l’archevêque schismatique de Cantorbéry Sarah Mullally ! Mais désormais la décision était prise, et l’abbé Pagliarani répondait le jour suivant en envoyant une “profession de foi” à Léon XIV.

Pour contrer les hérésies du chemin synodal allemand, le dimanche 12 juillet s’est officiellement constitué à Offenbach am Main le mouvement laïc Pro Fide Ecclesiae, qui compte parmi ses promoteurs l’évêque émérite Marian Eleganti. Le schisme allemand était déjà consommé, mais même dans ce cas, il convenait à l’église de Rome de faire comme si de rien n’était, et en référence à la bénédiction liturgique des couples homosexuels approuvée par divers évêques allemands, Léon se prononçait avec ces expressions décousues : “Nous, au Saint-Siège, ne sommes pas d’accord… l’important est de créer l’unité et non la désunion” ; la logique imposait d’utiliser le même critère à l’égard de la FSSPX, mais l’honnêteté et la cohérence ne font pas partie du bagage spirituel de Robert Francis Prévost.

Alors qu’à l’occasion de la Nuit Blanche certaines églises de Paris ont été transformées en discothèques et en expositions de l’occulte, dans plusieurs diocèses, il était interdit aux pèlerins de la FSSPX de participer à la messe traditionnelle, et cela ne faisait qu’exacerber la tension entre les parties. L’hypocrisie de l’église synodale-arc-en-ciel était sous les yeux de tous : la messe célébrée par cinquante prêtres schismatiques anglicans à Saint-Jean-de-Latran en avril 2023, OUI, la messe célébrée à Rome par l’évêque Savino pour le Jubilé LGBT, OUI, la messe des catholiques qui utilisent le missel antique, NON.

Après la Déclaration de Foi catholique adressée au pape au mois de mai, la Fraternité envoyait une lettre ouverte à Léon et à tous les cardinaux, accompagnée d’une autre Profession de foi catholique. En vue du schisme, beaucoup d’esprits catholiques s’agitaient, et même don Nicola Bux invitait Prevost à changer d’attitude non seulement envers la Fraternité, mais aussi concernant les Dubia présentés par certains cardinaux à l’égard du chemin synodal. Léon avait soigneusement évité d’aborder le problème lors du consistoire de juin, et dans son extrême sollicitude pour la Fraternité, il envoyait un ultime appel à l’abbé Pagliarani 24 heures avant le fatidique 1er juillet (daté du 29 juin) :

« Dans cet esprit, et comblé d’affection chrétienne, je vous prie et vous demande de tout cœur : revenez sur vos pas ! […] Je prie pour vous, car déchirer la Tunique sans couture du Christ est un péché d’une extrême gravité ».

Jusqu’à présent, les confessions et les mariages célébrés par la Fraternité, bien qu’illicites, étaient considérés comme valides, tandis que maintenant le pape avertissait : « l’acte schismatique que vous accompliriez les priverait de la réception licite et dans certains cas même valide des Sacrements ». L’abbé Pagliarani répondait le même jour : Loin de nous l’idée de nous séparer de l’Église romaine, et invitait le « Très Saint Père » à prendre du temps pour le discernement, lui demandant même sa bénédiction. Le 1er juillet, la Fraternité consommait le schisme, mais malheur à qui en parlait ! Lors de son discours, Pagliarani disait : “Simplement, nous avons le devoir de conserver la foi que l’Église a toujours enseignée”. De la même manière que Judas, tout en trahissant Léon, Pagliarani continuait à l’”embrasser” : On nous accuse de ne pas aimer le Pape. On nous accuse de ne pas le respecter. Mais c’est précisément parce que nous aimons le Pape, sincèrement, en tant que Vicaire du Christ, en tant que chef de l’Église, que nous ne voulons pas continuer à voir le Pape humilié aux côtés de faux pasteurs, représentants de fausses religions…. ces consécrations ne constituent pas une rupture. Elles constituent une continuité : une continuité avec la foi de toujours.

Le désormais célèbre Tucho Fernández, connu non seulement comme porno-théologien, mais aussi pour les documents concoctés en tant que Préfet du DDF, toujours brouillons et incohérents, envoyait à la Fraternité la confirmation de l’excommunication accompagnée d’une Note explicative correspondante, qui était immédiatement contestée par divers canonistes et considérée comme sans effets canoniques. Pagliarani écrivait aussitôt à Léon, et utilisant les euphémismes habituels, décrivait l’apostasie de l’église synodale en concluant de cette manière : « Je reste, Très Saint Père, votre fils très fidèle dans le Seigneur ». L’abbé Pagliarani se définissait comme un fils très fidèle parce que désobéissant ! Il suffisait d’écouter le discours prononcé aux vêpres du 1er juillet par l’évêque nouvellement élu Michael Goldade, pour comprendre comment la Fraternité considérait comme apostate et schismatique l’église synodale de Rome, mais il ne fallait le dire à personne, et il fallait continuer à feindre la fidélité à “notre Sainte Mère l’Église”.

 

Comme si l’excommunication n’avait constitué qu’un incident de parcours… quelque chose d’inattendu, le 11 juillet la Fraternité présentait un recours conformément aux canons 1734 et suivants du Code de Droit Canonique, et par conséquent toutes les sanctions reçues étaient suspendues.

 

Excommunication oui (Jean-Paul II), excommunication non (Benoît XVI), excommunication peut-être (Léon XIV).

Il était évident que les manœuvres de la FSSPX étaient soigneusement étudiées sur le papier, et l’abbé Pagliarani donnait l’impression d’inviter Léon XIV à vivre l’expérience du prophète Osée (1,2), qui s’entendit un jour dire par le Seigneur :

« Va, prends-toi pour femme une prostituée,

engendre des enfants de prostitution,

car le pays ne fait que se prostituer

en s’éloignant du Seigneur ».

 

On a le sentiment que l’épouse infidèle Pagliarani est en train de se moquer de son mari Léon XIV, et tout en continuant à lui jurer fidélité, ne cesse de fréquenter ses amants. On pourrait même dire que le mari et l’épouse infidèle sont désormais séparés de corps. Quoi qu’il en soit, il convient aux deux protagonistes de maintenir les équilibres déjà consolidés, pour prolonger ce feuilleton (soap opera) le plus longtemps possible, à la pleine satisfaction des deux époux.

Antonio Romano

 

Source : https://marcotosatti.com/2026/07/17/leone-xiv-e-la-sposa-infedele-il-caso-fsspx-un-papa-inadeguato-antonio-romano/

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