Étude sur la Declaratio de Benoît XVI. Deuxième partie. Sergio Russo.

 

Marco Tosatti

Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, Sergio Russo vous propose le deuxième volet de son étude sur la Declaratio de Benoît XVI. Merci de tout coeur a Louis Lurton pour la traductione. Bonne lecture et bonne réflexion.

§§§

LA DECISIO (DECLARATIO) DE BENOÎT XVI
EST LE PLUS GRAND ACTE ESCHATOLOGIQUE
JAMAIS ACCOMPLI DANS L’ÉGLISE
DEPUIS LA RÉDEMPTION DU CHRIST…
ET NOUS VOUS EXPLIQUONS POURQUOI – 2°

« Afin que, le Kathechon mis de côté, le mystère d’iniquité ait libre cours… »
C’est ainsi que s’achève le premier volet de cette étude inédite, qui se propose d’interpréter les paroles de Benoît XVI dans leur sens exact.
Après avoir compris, grâce à l’analyse minutieuse du Dr Cionci, que la renonciation est un acte invalide, et après avoir compris que la Declaratio n’est pas une renonciation, nous devons maintenant nous interroger sur ce qu’elle est réellement.
Le Dr Cionci a louablement commencé, et même amené à son terme, le travail de démolition de celle-ci en tant que renonciation, mais a également démontré, par le moyen d’une analyse juridique, qu’il s’agissait au contraire d’une Decisio.
Et une “decisio, dans le domaine ecclésiastique, désigne une délibération, une décision ou un jugement rendu par une autorité ecclésiastique”.
Dans ce cas, elle émane directement du Pape, qui est la plus haute autorité de l’Église, et “concerne précisément des questions de foi, de morale ou de discipline ecclésiastique, de sorte qu’elle constitue une déclaration formelle établissant une vérité, une norme ou une ligne directrice s’imposant à tous les fidèles”.
C’est précisément à la restauration de la Vérité dans l’Église (et, par conséquent, aussi, dans le monde) que nous nous sentons aujourd’hui appelés, par véritable gratitude et obéissance à l’acte contraignant d’un très grand Pontife, à qui l’histoire et le destin ont réservé le droit d’être ce Pierre qui, “plus jeune, se ceignait et allait où il voulait ; mais lorsqu’il serait vieux [le dernier pontificat avant ce qu’on appelle l’“avertissement”, une des étapes eschatologiques incontournables], tendra les mains, et un autre le ceindra et un autre le mènera là où il ne veut pas aller”.

À ce stade, une précision s’impose : ces articles constituent une réflexion de type prophético-théologique, inspirée à la fois par l’analyse du Dr Cionci, dont elle s’inspire, mais qui constitue également une étape supplémentaire vers le niveau théologique ; et par l’étude personnelle et privée de M° Costanza Settesoldi, avocate, dont elle s’inspire largement. Cette étude sera publiée à la fin de cet ouvrage, et nous annoncerons une prochaine publication.
J’ajouterais que j’avais moi-même publié, dans un déjà lointain janvier 2018, un ouvrage intitulé “Sei tu quello, o dobbiamo aspettarne un altro? L’ultimo ‘tassello’ mancante alla celebre profezia di Fatima” (ici) (Es-tu celui-là, ou devons-nous en attendre un autre ? La dernière pièce manquante de la célèbre prophétie de Fatima), dans lequel j’abordais la “question des deux papes” (où, évidemment, un seul pouvait l’être !), précédant ainsi d’autres études et recherches qui suivraient, toujours sur la même “question”…

Revenons donc sur le fond du sujet : ne considérez pas comme hasardeuse l’affirmation selon laquelle la Declaratio de Benoît XVI, dès sa première publication, a été manipulée et “corrigée” (outre le fait de la publier), avec des modifications apparemment insignifiantes qui se sont révélées décisives par la suite, c’est-à-dire de nature à en modifier le contenu et la nature même.

Comme l’a déjà démontré le Dr Cionci, concernant la traduction de munus et de ministerium, les versions en différentes langues sont inexactes, même en ce qui concerne la traduction du terme commissum.

Le Lecteur pourrait maintenant se demander à juste titre : « Mais qui a bien pu faire cela ?»
Et voici la réponse, même si elle n’est qu’esquissée pour l’instant (car la tâche déjà difficile de rendre “justice” à la Declaratio de Benoît XVI doit se poursuivre) : “La franc-maçonnerie ecclésiastique, présente au sein de l’Église, a pu accomplir tout cela…” Et en cela, nous rejoignons Don Stefano Gobbi, dont les voix intérieures sont rapportées dans le célèbre Livre Bleu, approuvé – de manière informelle – par des centaines d’Évêques et des milliers de Prêtres.

Il est bien connu qu’une fois une thèse affirmée, pour qu’un travail soit véritablement sérieux et professionnel, il doit être étayé et confirmé par des preuves documentaires : voici donc l’un des nombreux exemples, frappants en son genre, que nous présentons pour illustrer notre argumentation…
Sur le site officiel du Vatican, on peut trouver la Declaratio de Benoît XVI (ici), où on peut lire dans la version latine : “… mihi per manus Cardinalium die 19 aprilis MMV commisso renuntiare ita ut…”. (Ce document est daté du 10 février 2013).
Dans la vidéo originale du discours prononcé par Benedetto, ce 11 février 2013 – vidéo désormais introuvable dans les archives vaticanes… comme par hasard! – on peut entendre distinctement le Pontife dire à la place: “… mihi per manus Cardinalium die 19 aprilis MMV commissum renuntiare ita ut…” (ici, à la minute 1,28); (ici, à la minute 0,10); (ici, à la minute 1,30).
La preuve définitive réside dans la publication de la Declaratio, consignée sous scellés par Monseigneur Gänswein à la Secrétairerie d’État.
Et cette demande de preuve, déjà réclamée en son temps par le Dr Cionci, est jusqu’à présent restée sans suite…

Nous parlions justement du kathechon (ce fameux “obstacle” qui, selon Saint Paul, dans sa Deuxième Lettre aux Thessaloniciens : 2, 5-12), retarde la manifestation de l’homme inique, c’est-à-dire de l’antéchrist…
Or, de l’avis de plusieurs théologiens faisant autorité (entre autres : saint Grégoire le Grand et Hans Urs von Balthasar, à l’époque moderne), le kathechon devrait être identifié précisément à la figure du pape, ou du moins à la papauté en tant que telle : l’un des trois “blancheurs” selon saint Jean Bosco.
Par conséquent, le Siège doit rester vide… parce que le pape est le kathechon!

Dans sa “conversion” progressive et laborieuse, Simon de Jean s’efforce de laisser toujours plus de place à Kephas/Pierre, une conversion qui requiert d’accepter l’histoire telle qu’elle est, telle qu’elle se déroule devant lui et se rapproche de la Croix : cette histoire ne peut être changée ; elle se vit, et ainsi, en la vivant, elle est transfigurée, voire sublimée, par le pardon…
Et de fait, dans le récit évangélique, nous trouvons Pierre, face à la perspective de la Croix, disant : Qu’il n’en soit pas ainsi ! Puis, tirant son épée, il coupe l’oreille de Malchus, un serviteur du grand prêtre, membre de la foule venue arrêter Jésus…
Mais Pierre s’enfuit, puis se repent en pleurant amèrement…
Cependant, Jésus a prié pour lui, et lui, une fois converti, devra confirmer ses frères dans la foi…
Deux catéchèses magistrales de Benoît XVI nous font comprendre que lui-même, comme Pierre le pêcheur, a dû soustraire sa volonté aux desseins de Dieu, et comprendre que le pardon, précisément, n’efface pas l’histoire, mais la transforme, la sublime, la purifie…
Que reste-t-il alors ? Seule demeure l’imitation parfaite du Christ…
Et pourtant, Benoît XVI le savait dès le début, par cette célèbre demande : « Priez pour moi, afin que je ne fuie pas devant les loups. »
Mais à ce moment-là, pour Benoît, fuir sa propre Croix n’était plus une option : il lui fallait seulement la force de l’affronter… Et cela il l’avait clairement indiqué dès le début : seul Jésus était le modèle à imiter…
Et que fait le Seigneur lors de la Dernière Cène ? Il annonce à tous ses apôtres ce qui va se passer, tout en avertissant Judas, le mettant en garde contre lui-même : « L’un de vous me trahira… Est-ce moi ?… Tu l’as dit !»
Le Maître fait alors procéder tous ses apôtres, et plus particulièrement Judas, à une sorte d’examen de conscience, afin qu’ils réfléchissent et que le coupable se repente. Mais… hélas, il va au-devant de son destin en pleine conscience… et en pleine prescience…
Le Seigneur laisse alors échapper une faible plainte, un murmure désolé : « … Il aurait mieux valu pour lui ne jamais naître… »

Et Benoît, comme son Maître, dont il suit les traces, fait de même… de sorte que, lorsqu’il dit dans sa Declaratio : commissum renuntiare ita ut… sedes Sancti Petri vacet et Conclave ad eligendum novum Summum Pontificem ab his quibus competit convocandum esse, il signifie qu’il révèle précisément la “tâche” qu’ils avaient voulu lui assigner, à savoir que le Siège (c’est-à-dire le Pontificat) doit être vidé (laissé sans force), et qu’un conclave doit être convoqué pour élire un nouveau… “type” de pape ! Sauf que le “nouveau pontife” n’avait plus besoin du soutien divin, mais agissait avec sa seule force humaine…
Et la “tâche” de l’“ancien” (mais véritable et unique !) pontife – désormais clairement révélée – est précisément confiée à son ministère, c’est-à-dire non plus à ses paroles, mais à sa mise en œuvre : elle est à sa disposition, en effet – puisqu’il est pape – et, théologiquement parlant, le pontife doit prononcer son FIAT, non seulement en son nom propre, mais au nom de toute l’Église.
Le moment est donc arrivé – de grands moments ! – le grand moment, la grande heure : «J’étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi ; mais cette heure est votre heure, celle des ténèbres.» Et “grands moments” a précisément ce sens…
Tout cela se réalisera – dans un siège totalement détrôné – à partir du Vendredi 1er Mars, à 13 heures, alors que le conclave avait déjà été convoqué car, comme annoncé, il se tiendrait dans le but d’élire “un pape sans munus”, qui est précisément ce “nouveau” type de pontife, comme nous disions…

Tout cela est présent dans la vision de La Salette (qui a dû affronter tant d’obstacles avant d’être révélée), dans la vision de Léon XIII (qui, par la grâce de Dieu, étant pape, a pu la rendre publique lui-même), dans le Troisième Secret de Fatima (dont nous connaissons tous les vicissitudes et les retards avant d’être révélé publiquement) : tout cela représente donc le mandat prophétique et pratique qui lui vient des pontifes qui l’ont précédé, mais qu’il lui appartient à lui de révéler (c’est le véritable sens de renuntiare!), précisément au sens d’annoncer et aussi, en même temps, de mettre en œuvre (ministère), en le vivant dans sa propre vie, puisque lui-même, et l’Église avec lui, sont appelés à le vivre et à le mettre en œuvre…

« Je déclare révéler la “tâche” assignée le 19 avril 2005 par les cardinaux à l’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, à moi, que le Siège de Rome, le Siège de Saint-Pierre soit vide à partir du 28 février 2013, à la vingt et unième heure, et qu’un conclave doit être convoqué pour élire un “nouveau” Souverain Pontife, par ceux à qui cela revient. »
[Notez que l’Évêque de Rome, le Successeur de Saint-Pierre et Benoît XVI lui-même sont la même personne. Et cette parfaite identification de Benoît XVI, en tant qu’Évêque de Rome et Successeur de Saint-Pierre, est précisément la clé de voûte pour comprendre l’utilisation grammaticale de la première personne du singulier dans la Declaratio : lorsqu’il parle de “ses propres forces, qui viennent à lui manquer, et de sa propre insuffisance”, il ne fait pas référence à ses propres forces physiques et biologiques, mais plutôt aux forces institutionnelles du Siège !]

Ce “plan” est donc annoncé comme déjà préparé, connu dès le premier jour et bientôt mis en œuvre…
Par conséquent, la convocation/célébration du conclave abusif, qui élira un “nouveau” pape, n’est pas seulement une “antipapauté occasionnelle”, mais est bien plus grave, puisqu’elle fera suite au vidage illégal du Siège pétrinien, programmé dès le départ, à la consommation totale du pontificat et de l’Église : autrement dit, ce sera un “nouveau pontificat”, parallèle… ce sera le pontificat de l’anomie !

Une brève précision s’impose ici : l’orgueil de “l’homme fait dieu” a désormais réussi à s’insinuer dans le “nouveau” pontificat. Ainsi, ce “nouveau pontificat” revendique lui aussi un pouvoir divin…
Pourtant, il ne le fait pas en disant explicitement “Je suis Dieu”, mais plutôt en “copiant” Jésus, comme Lui s’est adressé aux Juifs : ce “pontificat” le fait implicitement, se revendiquant lui aussi comme un législateur divin, exactement comme Jésus…

Pour mieux illustrer ce point : le Christ a dit : « Il a été dit, mais moi, je vous dis… » ; Mais maintenant, un “autre” Christ, qui se place en antithèse (et nous constatons encore aujourd’hui les mêmes antinomies), dit :
« Il a été dit : Soyez féconds et multipliez-vous, mais moi je vous dis : ne faites pas des enfants comme des lapins… » [l’expression ‘ne faites pas des enfants comme des lapins’ a été prononcée par Bergoglio en 2015, lors d’une homélie pour le baptême de 28 nouveau-nés] ;
« Il a été dit : Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Mais moi je vous dis : Vous pouvez communier même en cas d’adultère… » [ici toute la célèbre question de la « communion pour les divorcés remariés », qui, par sa réception différente par les différentes conférences épiscopales, a divisé et compromis l’unité de l’Église] ;
« Il a été dit : Aucun adultère ni sodomite n’entrera dans le Royaume des Cieux. Mais moi je vous dis : bénissez les couples unis (de tout sexe), mais pas les époux… » [voir le texte « Fiducia supplicans »].

De fait, il y aura désormais un “nouveau pontife”, en dehors de toute règle, même élective, c’est-à-dire élu par un conclave convoqué en l’absence de renonciation (puisque renuntiare, avec l’accusatif commissum, comme nous l’expliquerons plus en détail dans la partie spécifiquement juridique, signifie précisément : révéler la tâche).
Cette dénonciation (et la progression eschatologique qui en découle) est confirmée par le salut de Benoît XVI aux Cardinaux présents à Rome le 28 février 2013 :

I) Il déclare que la personne à élire fait partie du collège cardinalice, et ce disant, le pape dénonce le fait (tout nouveau pontife, en règle générale, pourrait également être choisi en dehors du collège des cardinaux, qu’il s’agisse d’un clerc ou d’un baptisé, pas nécessairement d’un évêque); ainsi Benoît XVI montre qu’il est déjà au courant des jeux et des manœuvres électorales en cours, son nom étant ainsi déjà connu, à tel point qu’on peut affirmer avec certitude qu’il figure parmi les cardinaux, et même, très probablement, parmi ceux qui n’étaient pas présents le 28 février… De fait, Benoît XVI, après avoir dit “parmi vous” (ceux présents à Rome à qui s’adresse le salut), élargit le champ de vision, précisant que le futur pape fait bel et bien partie du collège des cardinaux, même s’il n’est pas parmi ceux présents ce jour-là…

II) Lui, en promettant la soumission avant l’élection, il veut dire… qu’il est, de fait, déjà prisonnier avant l’élection ! Évidemment, cette “promesse” est contra ius, car la même promesse d’obéissance et de révérence est faite lors du conclave, mais seulement après l’élection et l’acceptation ultérieure du nouvel élu. Et cette obéissance est toujours un acte postérieur à l’élection, jamais antérieur, et de plus, pas de la part d’un pape… encore régnant !
Dans ce cas, Benoît cite bien les règles, et les déforme presque, mais uniquement pour traduire le climat d’illégalité qui règne déjà et qui va se dissiper progressivement…

Immédiatement après, Benoît se rend à Castel Gandolfo et se place sous la grande horloge, comme pour signifier clairement que le moment est venu de régler les aiguilles de l’horloge prophétique, puisque le Magnum Momentum est arrivé. Il fait ses adieux en disant que, comme un pèlerin qui s’approche de la dernière étape de son voyage, c’est-à-dire de sa vie, il se dirige vers le Calvaire, où l’attend la Croix, et là l’attend le sacrifice suprême, car lui aussi « s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et même jusqu’à la mort sur une croix ». Il souhaite néanmoins à tous une bonne nuit, serein, entouré et immergé dans la Divine Volonté…
C’est l’Année de la Foi, et pourtant nous entrons dans la nuit de la foi…
Bonne nuit…
Tout est accompli : l’éviction est accomplie, maintenant viendra celui qui occupera la Chaire de Vérité. Mais… attention, car, comme le rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique :

« Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le ” mystère d’iniquité ” sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité.
L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection. »

Dans le prochain article, nous examinerons en détail “ L’INTERPRÉTATION JURIDIQUE DU TEXTE ORIGINAL”.

Sergio Russo
(2. à suivre…)

P.S. Le livre “La Maison balayée par les vents” de Malachi Martin, l’un des rares à avoir lu le Troisième Secret de Fatima dans son intégralité, narre concrètement, bien que sous forme de roman, la rébellion des évêques contre le Pape, début du “vidage” de la Papauté…

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