Étude sur la Declaratio de Benoît XVI. Troisième partie. Sergio Russo.

 

Marco Tosatti

Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, voici le troisième volet de l’essai de Sergio Russo, que nous remercions, sur la Declaratio de Benoît XVI. Un grand merci à Louis Lurton pour la traduction. Bonne lecture et bonne diffusion.

§§§

LA DECISIO (DECLARATIO) DE BENOÎT XVI

EST LE PLUS GRAND ACTE ESCHATOLOGIQUE

JAMAIS ACCOMPLI DANS L’ÉGLISE

DEPUIS LE TEMPS DE LA RÉDEMPTION DU CHRIST…

ET NOUS VOUS EXPLIQUONS POURQUOI – 3°

 

   Je dois avouer qu’en écrivant ces articles, moi aussi je grandis avec eux, me plongeant toujours plus dans la Science de la Croix.

 

   Nous avons dit, dans le dernier chapitre – mais tout cela est dans le projet de Dieu, selon ce qui a été affirmé par le CDC au n. 677 – que l’Église doit absolument “suivre son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection.”

   Ergo, si nous sommes donc dans le temps de la Passion de l’Église, avec la Declaratio de Benoît XVI, les cardinaux (pas tous bien sûr), choisissent de libérer le Mercenaire, qui ne se soucie pas des moutons, et de faire arrêter le “doux Christ sur terre”, comme aimait l’appeler sainte Catherine de Sienne.

   Et que la Declaratio/Decisio ne soit pas – seulement! – une simple déclaration de siège empêché, mais beaucoup, beaucoup plus, est également confirmée par le fait (un parmi d’autres, comme nous allons le voir) que Benoît XVI, disons-le ainsi, désormais libre de “se défouler” à tous points de vue avec son biographe de confiance, Peter Seewald, dans le livre “Dernières Conversations” (2016), dans la quatrième de couverture, dit qu’il “a accompli un geste sans précédent, destiné à changer pour toujours le cours de l’histoire.” (!)

   Et comme si cela ne suffisait pas, il le répète encore dans son livre “Benoît XVI. Une vie” (2021), disant que la “démission”, c’est-à-dire sa Declaratio/Decisio, “est un choix sans précédent.” (!)

   Il est bien connu que Joseph Ratzinger avait une culture immense, y compris dans le domaine de l’Histoire de l’Église… Mais alors pourquoi – nous en sommes à nous le demander maintenant – affirme-t-il qu’avec sa “démission” il accomplit un geste sans précédent, capable de changer même le cours de l’histoire, tant dans l’Église que dans le monde?

   Pourtant, il était bien conscient que sa “renonciation”, si elle avait été telle, serait tout de même comptée comme la septième, dans l’ordre temporel, dans la longue histoire de la Papauté… un événement très rare, nous sommes d’accord, mais tel qu’il justifie vraiment qu’il se pose comme un fait sans précédent ? Cela veut dire qu’aucun événement survenu avant, et même après, ne peut se comparer à celui-ci !

 

   L’étude à laquelle je me réfère, celle de l’avocate Costanza Settesoldi, est un volumineux traité de plus de 120 pages et qui descend dans les moindres détails, y compris en ce qui concerne la traduction en italien de la Declaratio, ainsi que chaque thématique et pourtant j’ai le devoir de vulgariser la narration. Je laisse à une prochaine publication le déroulement de ce thème dans toute son entièreté et complexité, tandis qu’ici je traiterai seulement des points saillants, en démonstration de la thèse qui, depuis le début, apparaît dans le titre du présent article…

INTERPRÉTATION JURIDIQUE DU TEXTE ORIGINAL

 

   « En commençant maintenant, nous nous posons la question de savoir quel texte fait foi, et du pourquoi il y a plusieurs versions.

   Et donc, aux fins de comprendre quel est le texte faisant foi et à quelle fonction répondent les différentes versions de la Declaratio, dont nous parlerons, nous devons fixer quelques passages fondamentaux :

 

   I) Le 24 avril 2012  , la Commission Herranz s’installe pour enquêter sur la fuite de nouvelles au Vatican dont avait été victime Benoît XVI lui-même. Au sein de cette commission, des actes d’enquête sont accomplis par le promoteur de justice, le cardinal Julian Herranz. On peut lire dans Avvenire :

“Sa Sainteté – poursuit le texte – a appelé à faire partie de ladite commission cardinalice, qui agira en vertu du mandat pontifical à tous les niveaux, les cardinaux Juliàn Herranz, qui a été désigné pour la présider, Jozef Tomko et Salvatore De Giorgi. La Commission cardinalice s’est installée le 24 avril pour établir la méthode et le calendrier des travaux”.

   Cette commission communique les résultats de l’enquête par un volumineux dossier, avec acquisition de témoignages et reconstitution des faits. Ce sont les trois cardinaux de la même commission qui se rendent personnellement chez le pape Benoît XVI le 17 décembre 2012 pour lui faire part de leur travail : des responsabilités curiales émergent, un cadre qui, bien que secret, apparaît à tous comme problématique et conflictuel.

   Notez que les événements de Cuba remontent au 26‑27 mars 2012. Les faits de Cuba, il faut le rappeler, consistent en un attentat probable ou en un avertissement narcotique au Souverain Pontife. La commission Herranz arrive immédiatement ensuite. S’inspirant officiellement de Vatileaks, c’est-à-dire du vol de documents, publiés plus tard par le journaliste Gianluigi Nuzzi. En réalité, la commission Herranz jouait le rôle de promoteur de justice et avait les pouvoirs d’enquête les plus étendus, tous sous le secret de l’instruction. C’est le dossier contenu dans une boîte blanche, que Benoît XVI notifie au François fraîchement élu. C’est le fameux “passage de relais” et, à l’intérieur, il contient vraisemblablement le “tout”.

   Le surnom MordKomplott, déjà “ébruité” en février 2012 par le journal Il Fatto Quotidiano, s’applique à cette même période.

   La Commission agit en tant que promoteur de justice. Les actes d’enquête sont scellés et cela répond à la délicatesse du sujet, mais aussi au principe de charité qui protège l’honneur des personnes et des charges ecclésiastiques.

   La communication des actes d’enquête vaut en tout cas comme notification, comme conclusion de la phase d’instruction et le décideur, c’est-à-dire le juge, est le pape Benoît XVI lui-même, aussi parce qu’il y a des cardinaux impliqués. En effet, pour les délits des cardinaux, la compétence pénale du Pontife est exclusive et sanctionnée par l’art. 1405 du CDC.

   Le 17 décembre 2012, donc, le dossier Herranz est remis à Benoît XVI : c’est le Pape qui détient le ius agendi, c’est-à-dire le pouvoir de juridiction suprême, et il est toujours la seule autorité compétente pour juger les délits des cardinaux (comme nous l’avons déjà vu dans le canon 1405).

   Le jugement du pape doit garantir les droits de la défense, et il doit être “juste”, dans le sens où il doit être soutenu par la conscience morale de la justesse de la décision (cognitionem certam).

   La juridiction du pape ne connaît en effet que ces limites procédurales et substantielles : le respect des droits de la défense et la plénitude des éléments cognitifs sur lesquels fonder son propre jugement. Par conséquent, compte tenu de ces éléments incontournables, son décret, sa décision est déjuridictionarisée, en ce sens qu’il n’est pas nécessaire qu’elle se déroule dans un lieu juridictionnel, mais peut être rendue sous forme administrative. Notez également que : le délai général pour émettre une mesure administrative, même afflictive (decisio), est de trois mois.

   Et maintenant… le pape Benoît a tous les éléments pour ses propres décisions! Il a également le devoir de répondre à la remise du dossier Herranz, qui l’interpelle en tant qu’Autorité Suprême Décisionnaire.

   Ayant donc reçu ce dossier, Benoît devait forcément se décider… parce que le laisser là équivaudrait à une grave omission de ses propres devoirs : non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes.

   Même le pouvoir pénal a été pensé, à l’égard du coupable, dans une dimension qui n’est pas simplement rétributive, mais aussi, dans la perspective de la foi, expiatoire sur terre, afin que l’âme du coupable puisse être corrigée et arriver purifiée au Ciel : échapper à la punition signifiait donc priver le coupable d’une chance de salut pour son âme!»

 

   [… ] « Benoît XVI décide et déclare que, par le résultat auquel est parvenue l’instruction , il est arrivé à la certitude morale que le pontificat n’a plus de forces et que, bien que le munus soit intangible dans son essence spirituelle, et qu’il consiste à poursuivre pénalement (exequi), avec le droit d’action (agendo, c’est-à-dire en exerçant la lex agendi) et la prononciation du jugement (loquendo), avec la souffrance et la prière (en attendant l’amendement, en se sacrifiant et en priant), mais le gouvernement du navire de Pierre, l’exécution de la peine et de la correction, avec l’annonce de l’Évangile, exigent la stabilité, c’est-à-dire une discipline d’âme (les forces idéatives et volitives des hiérarchies ecclésiastiques) et du corps ecclésial (l’action pastorale et la pratique de foi du peuple des catholiques, désormais engloutis par le sécularisme et devenus insuffisants) : la conviction est qu’une telle situation ecclésiale déplorable et décevante est désormais insuffisante pour faire face au temps présent, si ébranlé par la tempête d’un monde soumis à la “révolution permanente”, qui produit des “transformations” rapides et soudaines et dans lesquelles les revendications théologiques (quaestiones) sont même capables de mettre à l’envers les concepts de la Doctrine, et de les renverser, c’est-à-dire d’arriver à appeler bien le mal, et vice versa…

   Est donc arrivée la grande heure de l’Église (magnum momentum)cette dernière étant décrétée (decisio magni momenti pro Ecclesiae vita).

   Benoît déclare que le pontificat est en train de se vider et qu’il est arrivé au point culminant, où le siège sera vide et un conclave – non canoniquement convoqué, étant donné la non-abdication effective – élira un autre (nouveau!) pontife.

 

   Nous avons déjà dit que le pouvoir pénal du pontife est déjuridictionnalisé, en ce sens qu’il peut se dérouler en dehors du contexte procédural, mais qu’il y a une limite de procédure qui consiste dans le respect du droit de la défense du coupable, qui doit donc être mis au courant de l’accusation.

   Le passage technique curial du 7 février 2013 pourrait avoir justement eu cette fonction de garantie.

   Et Mgr Gänswein, le secrétaire de Benoît XVI, officier public à tous égards, témoigne précisément du passage curial sous la forme scellée de la Declaratio.» [… ]

 

   II) « En date du 7 février 2013, Mgr. Gänswein a donc apporté personnellement le texte de la Declaratio scellée à la Secrétairerie d’État. Il s’agit d’un texte écrit, et non d’un support informatique : c’est bien une feuille de papier, qui doit être remise de personne à personne : ce n’est pas un mail, ni même un document informatique.

   Sa publication fidèle aurait donc exigé qu’il soit scanné.

   Et si, comme nous le supposons, il s’agit d’une notification, cela signifie qu’elle consiste en un document papier, en double original, dont l’un est signé par l’auteur, contresigné par le fonctionnaire chargé de la notification, tandis que l’autre est pour le destinataire, et reste dans les mains du destinataire. Dans tous les cas, il s’agit d’un document officiel signé…

   Cette Declaratio a donc une consistance documentaire papier, non informatique, comme nous l’avons déjà constaté : c’est un feuillet scellé qui contient une déclaration signée, tant par le notifiant que par le destinataire. Et il peut en théorie être photographié et scanné, cependant, étant scellé, sa reproduction aurait été interdite dans tous les cas…

 

   III) Du point de vue procédural, il faut donc se demander si ce passage curial a été un passage technique visant à garantir les droits de la défense. Cette consistance légitime l’apposition du sceau de secret.

 

   IV) À ce stade, nous notons que les règles sautent :

a)    le sceau saute, car l’acte est recopié et réédité avec une date : 10 février 2013, qui n’est plus celle de la notification, perdant en outre sa consistance propre papier, et devient un véritable document informatique natif, dans lequel apparaissent maintenant des fautes de frappe : hora 29;

b)    un solécisme : pro Ecclesiae vitae;

c)     une date improbable : 10 février 2013;

d)    un autre solécisme : ministerio commissum, au lieu de : ministerio commisso.

   De quoi s’agit-il ?

   De la publication par le greffe? Non, parce qu’elle porte une date différente de celle de l’acte original, qui est le 7 février 2013, ainsi qu’une date différente de celle de la future prononciation publique en consistoire.

   Cette publication ne comporte ni la copie notifiée, ni l’original, qui reste évidemment scellé, non susceptible d’exposition publique, ni même la vidéo de la déclaration publique : il s’agit en fait d’une publication sans document original, ce qui en fait quelque chose de très différent…

 

   V) S’il s’agissait d’une decisio, il aurait également été nécessaire de mettre en place une ligne défensive.

   De quelle façon ?

   Faire face au fond, c’est-à-dire au contenu, signifie l’amplifier et, finalement, perdre parce qu’on a tort : les techniques défensives consistent dans le détournement!

   En quoi consiste le détournement ?

   Bien que n’étant pas expert en techniques militaires de haut niveau, puisqu’il existe une véritable science, même de la gestion émotionnelle des masses, je me limiterai à faire référence à quelques techniques de base anciennes, fréquemment utilisées et qui peuvent également être utilisées toutes simultanément, et se composent de :

a) délégitimer moralement l’auteur (les fautes d’orthographe, qui appuyaient la thèse de l’affaiblissement psychique). Il est étonnant que dans les commentaires sur les “erreurs” de droit, pour la seule renonciation au ministerium, qui serait contraire au droit canonique, beaucoup se sont demandés si Benoît avait des compétences de droit canonique! Il a été Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui est un tribunal à part entière, c’est-à-dire ce Tribunal qui, comme la Cour Constitutionnelle Italienne, est le garant de la cohérence du système. Mettre en doute les compétences canoniques de Benoît XVI serait donc comme mettre en doute la compétence du président Mattarella, ancien professeur d’université et juge de la Cour constitutionnelle…

b)la deuxième technique est de construire une réalité parallèle, comme par exemple une autre declaratio,… et, pour cette opération, se servir aussi de l’appui fourni par les mass média.

Et nous savons aussi que tout cela s’opère au niveau des “services” et que, dans certains milieux, Benoît XVI, en raison de son inflexibilité sur les questions éthiques, était considéré comme le “terroriste blanc”…

Et de nombreux ennemis, extérieurs et intérieurs, devaient maintenant converger, pour que l’homme le plus puissant du monde, sous le profil de l’autorité morale, puisse être laissé seul par tous.

Comme nous l’avons dit, l’hypothèse narrative d’une possible fin du pontificat de Benoît XVI, déjà anticipée en quelque sorte par la nouvelle du mordkomplotta été tout de suite accueillie dans la presse

          Je rapporte l’article “Complot contre Benoît XVI, dans 12 mois il mourra.”

(https://www.ilfattoquotidiano.it/2012/02/10/complotto-di-morte-benedetto-xvi/190221/).

L’article est daté du 10 février 2012 (notez le timing !), mais fait référence à des faits déclarés en décembre 2011.

Donc, avant que Benoît XVI ne promeuve la découverte de la vérité des faits historiques, les “courants d’air” l’avaient déjà donné pour fini!

Ce sont deux mouvements diamétralement opposés : l’un tend à faire la clarté, l’autre indique la direction pour supprimer l’auteur de la volonté de justice.

La narration nazional populaire cependant se prépare dans le temps… Donc, pendant que la commission Herranz travaille, en même temps on met déjà en place les bruits de démission prochaine de Benoît XVI, ainsi que celle du MordKomplott.

Les journaux s’interrogent. Et même Bertone dira que Benoît, de retour de son voyage à Cuba, aurait mûri le dessein de démissionner. Antonio Socci aurait été le premier à en parler, dès 2011. Mais nous disons cela parce que ce sera exactement la stratégie défensive des conspirateurs, notifiés à la Secrétairerie d’État qui, mis devant leurs responsabilités, puiseront dans ce sédiment déjà déposé dans l’information mainstream

 

   La “renonciation” pour Benoît est une Decisio, c’est-à-dire un jugement pénal sur les causes du fait, à l’inverse, pour les autres, il s’agit d’une simple abdication…

   Pour Benoît, les forces qui manquent sont celles du pontificat et du corps ecclésial, tandis que pour les conspirateurs, ce sont celles biologiques de Joseph Ratzinger…

   C’est ainsi que Il Fatto Quotidiano, du 12 février 2013, en rappelant l’article d’un an plus tôt, faisait comprendre que le MordKomplott aurait eu pour objet non pas tant la mort physique, mais la fin du pontificat, voulue par le même Pontife : le cardinal Romeo – confident du pape Benoît – aurait été mal compris par le cardinal Castrillon!

   Le compte-rendu en allemand des propos de Romeo (publiée par Il Fatto) était correct dans son texte, mais incorrect dans l’interprétation de Castrillon : au bout d’un an, Benoît XVI ne serait plus pape… et Romeo disait vrai !

   Mais personne ne veut le tuer. La première interprétation authentique, trois jours après la publication de l’article, a été fournie par l’évêque émérite d’Ivrée, Mgr Luigi Bettazzi. Intervenant dans l’émission radiophonique ‘Un giorno da pecora’ (Le jour du mouton) – dans la distraction générale, interrompu par Paola Concia et plaisantant par l’animateur – il a expliqué la véritable signification de ce document : « Le pape se sent très fatigué et, face aux tensions au sein de la Curie, pourrait envisager de démissionner. »

   On dirait une plaisanterie, mais la possibilité d’un tel épilogue du pontificat avait déjà été anticipée par Antonio Socci, dans Libero, en septembre 2011.

   Et pourtant, l’attentat contre sa vie avait bel et bien eu lieu… et pour de bon ! Benoît XVI lui-même en a fait état, le décrivant à Peter Seewald dans une lettre où il attribuait la cause de sa démission à une insomnie, apparue – coïncidence ! – en 2005, soit au début de son Pontificat.

   Cette insomnie a nécessité une médication excessive, jusqu’aux limites autorisées, et l’a exposé à une surdose anormale lors de son voyage à Cuba.

   Et cette « narcose » l’a fait chuter violemment, dans un état d’inconscience ou de semi-conscience, avertissant simultanément le pape de sa propre vulnérabilité, tout en lui conseillant de réduire ses engagements et, implicitement, de déléguer, notamment lors des missions à l’étranger !

   La perspective qui s’offrait à lui était donc celle d’être utilisé comme un “figurant”, sous l’emprise de stupéfiants, remplacé par d’autres…

   Par conséquent, la seule issue pour se soustraire, c’est-à-dire le Pontificat, à cette direction extérieure”, inattendue était de déclarer et dénoncer publiquement de manière irrévocable le vidage du Siège, et, parallèlement, de protéger le munus, le rendant inaccessible.

   En confirmation de cela : dans le Livre de l’Apocalypse, au chapitre 12, la femme, c’est-à-dire l’Église, est emmenée au désert, où elle est protégée et nourrie, et où elle est inaccessible…

   Benoît, après les événements de Cuba, comprit immédiatement qu’ils pouvaient le gérer pharmacologiquement, en le remplaçant dans l’exercice de ses activités courantes…

   Et l’objectif que les ennemis visaient désormais dans l’Église catholique était toujours celui d’une papauté, certes, sous sa forme extérieure, mais vidée de son contenu. Et pour atteindre cet objectif diabolique, ces gens n’avaient donc pas besoin d’un pape portant le sceau de Dieu, car cela aurait été une garantie d’infaillibilité, mais plutôt d’un autre pontife, spéculairement identique au véritable Saint-Père : ils voulaient un simple Évêque vêtu de blanc, parfaitement semblable à un Saint-Père… tel qu’il est décrit dans l’Apocalypse : un agneau à deux cornes (la mitre des évêques, précisément à deux cornes, symbole du Sacerdoce), mais qui parlait comme un Dragon, c’est-à-dire comme son maître : Jésus fait le fou, en lui coule un sang païen, il s’est fait serpent, diable…

   À l’époque de l’attentat contre Jean-Paul II, déjà, les ennemis avaient compris que la stratégie visant à tuer le pape était trop grossière et explicite : le Pontife aurait dû exercer, en tant que figure de proue, mais sans pouvoir de fait, avec un corps ecclésiastique qui aurait plutôt pris la direction opposée…

   À ce propos, le livre de Malachi Martin, La Maison balayée par les Vents, décrit précisément, sous forme de roman, ces sombres complots contre le pontificat, ainsi que le vidage du contenu doctrinal de l’Église, précisément le “vidage” de l’intérieur, et cependant…

 

Sergio Russo

(3. à suivre…

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