Marco Tosatti
Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, nous vous proposons cet article de Mgr Marian Eleganti, à qui nous adressons nos remerciements. Un grand merci à Louis Lurton pour la traduction. Bonne lecture et n’hésitez pas à le partager.
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La pseudo-messianité du sentimentalisme
Il ne s’agit plus que de proximité, et non de vérité !
Mgr Marian Eleganti, le 28 septembre 2026
Avant Amoris laetitia, l’accompagnement pastoral des personnes divorcées et remariées visait avant tout l’objectivité, c’est-à-dire l’union de la vérité et de l’amour. L’Église synodale, elle, recourt à un vocabulaire principalement sentimental qui contribue peu à clarifier objectivement la situation de ces personnes selon des critères sacramentels et canoniques justes. Elle insiste uniquement sur la proximité, l’accompagnement et l’estime — un mot employé à tout propos — que les représentants de l’Église témoignent à ces couples, et non sur leur mission de les conduire dans la vérité.
Question : qu’y a-t-il exactement à estimer chez un pécheur, par exemple chez un braqueur, un adultère, un voleur ou un agresseur ? Je peux aimer le pécheur — vouloir son bien, c’est-à-dire désirer son salut — tout en condamnant sans compromis son péché. Mais que signifie ici « estimer » ? Devrais-je demander à un juge chargé de statuer sur une infraction d’estimer l’accusé ? Ne serait-ce pas un pur sentimentalisme, peu utile à sa mission ? La comparaison est imparfaite, mais elle montre que, dans certains contextes, cette notion d’estime n’est tout simplement pas prioritaire. Car la question de savoir si un mariage est valide ou non n’est pas une question d’estime.
Les couples divorcés et remariés devraient retrouver confiance, se reconnaître comme membres de la communauté et faire l’expérience de la miséricorde de Dieu, affirme un guide de l’Église synodale [1]. Question : importe-t-il donc peu qu’ils vivent ou non dans l’adultère ? Leur communiquer la miséricorde de Dieu signifie-t-il reconnaître sans réserve leur seconde union, ou du moins la tolérer, alors qu’un lien matrimonial indissoluble subsiste et s’y oppose ? Pourquoi Jésus ne nous a-t-il pas précédés dans cette pratique ? Au contraire, il rejette la pratique du divorce de Moïse — prétendument miséricordieuse — et renforce l’interdiction du divorce, au grand dépit de ses disciples ! Rappeler cela revient-il à retraumatiser ces couples, parce que le rappel de la vérité pourrait de nouveau les blesser et les faire se sentir exclus, après qu’ils aient déjà connu l’abandon et la souffrance de leur séparation d’avec leur conjoint légitime (voir le guide cité) ?
Plus le langage se fait sentimental, plus grandit le soupçon qu’on cherche ici à dissoudre et à assouplir des positions doctrinales immuables en jouant sur la corde sensible. Ce procédé n’est pas nouveau. Le mot « miséricorde » a souvent été utilisé comme une poignée de sable jetée dans les yeux du lecteur ou de l’observateur. Les mots produisent un effet immédiat. Ce n’est qu’en allant au-delà des apparences que l’on voit ce que leur sens dissimule. Dans l’Église synodale, on ne supporte ni ne traite plus la dureté de la vérité, alors même que celle-ci rend libre (Jn 8, 32). Le sentimentalisme la rejette et la met en accusation. Familiaris consortio appartient donc au passé — c’est trop dur. Amoris laetitia est d’aujourd’hui — c’est miséricordieux.
Le magistère de l’Église synodale commence avec François, avec cette nouvelle heure zéro. Le temps — le processus — l’emporte sur l’espace — les positions doctrinales. On investit donc dans le processus — la révision de l’enseignement —, dans le sentiment et dans la vie, et non dans la vérité, qui pourtant demeure. Cette dernière est comme une épée que l’Église synodale préfère envelopper de ouate et ranger, jusqu’à ce que vienne Celui qui la porte dans sa bouche (Ap 1, 16 ; 2, 12.16 ; 19, 15.21).
Apocalypse 1, 16 — Première vision du Christ :
« De sa bouche sortait une épée acérée à deux tranchants. »
Apocalypse 2, 12 — Message à l’Église de Pergame :
« Ainsi parle celui qui tient l’épée acérée à deux tranchants. »
Apocalypse 2, 16 — Le Christ annonce :
« Sinon, je viens à toi sans tarder et je les combattrai avec l’épée de ma bouche. »
Apocalypse 19, 15 — Le Christ, cavalier de la fin des temps :
« De sa bouche sort une épée acérée, avec laquelle il frappera les nations. »
Apocalypse 19, 21 — Conclusion de la scène de combat :
« Les autres furent tués par l’épée qui sortait de la bouche du cavalier. »
[1] Cité dans : Roberto de Mattei, « La destination suprême de l’homme » (Die höchste Bestimmung des Menschen), article en ligne. Guide thématique préparatoire à la rencontre du pape Léon XIV avec les représentants des Églises catholiques orientales au Vatican, du 7 au 14 octobre 2026, intitulé : « Dans les difficultés de la vie : accompagner et soutenir. Cheminer avec les familles en situation difficile. »
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