Marco Tosatti
Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, notre Fou offre à votre attention ces réflexions sur le récent Conclave, et sur ce qui va suivre…merci de tout coeur a Louis Lurton pour la traduction. bonne lecture, méditation et diffusion.
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SANS TITRE
« Je ne dirais pas cela, dans le sens où c’est le Saint-Esprit qui le choisit. Je dirais que le Saint-Esprit ne prend pas exactement le contrôle de la question, mais plutôt, en bon éducateur qu’il est, il nous laisse beaucoup d’espace, beaucoup de liberté, sans pour autant nous abandonner complètement. Le rôle de l’Esprit doit donc être compris dans un sens beaucoup plus flexible, et non pas comme s’il dictait le candidat pour lequel il fallait voter. La seule sécurité qu’il offre est probablement que la chose ne peut pas être complètement détruite. Il y a trop d’exemples de papes que le Saint-Esprit n’aurait évidemment pas choisis. »
Joseph Ratzinger, 2009, réponse à une émission de télévision bavaroise
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Et ainsi, après des fleuves de mots à gauche et à droite, après la ruée presque psychopathique des “prédictions”, sans autre but, tout aussi psychopathique, que l’audience et la concurrence, nous voici arrivés au jour fatidique :
NUNTIO VOBIS GAUDIUM MAGNUM
HABEMUS PAPAM
Il faut garder à l’esprit le fait que l’Institution définit l’élection du nouveau Pontife comme “GAUDIUM MAGNUM”, c’est-à-dire une “GRANDE JOIE”. Par conséquent, aucun croyant ne devrait avoir de motif de mécontentement qui ne serait pas en harmonie avec la “grande joie” hiérarchiquement proclamée. La question est épineuse parce qu’une hiérarchie (peu importe qu’elle soit déguisée en synodalité) implique une soumission, et il ne semble pas qu’au début du Troisième millénaire une telle relation soit en bonne santé, ce qui montre une transformation continue et imparable de l’Institution qui en tout cas ne peut pas conduire à une restauration, étant donné que dans l’histoire aucun événement ne se répète à l’identique, ni dans le concret ni dans l’esprit.
D’autre part, comme le voudrait le subterfuge théologique officiel, Dieu veut ou permet ce qui arrive, et, encore une fois, aucun sujet ne devrait être mécontent de la volonté ou de la permission divine. Et oui : comment la volonté ou la permission de Dieu peut-elle être une cause de mécontentement ? Ou bien en récitant : « Que ta volonté soit faite », le sujet se réserve-t-il le droit de vérifier si cela coïncide avec sa propre volonté ?
De plus, même si elle est gardée sous le tapis par les médias, il y a une complication qui est loin d’être négligeable, à savoir la position prise par ces sujets (pas exactement une poignée) qui ont considéré Bergoglio comme un faux pape d’une fausse église, c’est pourquoi les cardinaux qu’il a créés, qui sont la majorité, sont faux, donc le Conclave qui a élu Léon XIV est faux, évidemment aussi un faux pape et… fausse la “grande joie” hiérarchiquement proclamée.
Mais, au-delà du tumulte schismatique qui secoue l’Institution, il faudrait clarifier une fois pour toutes (si cela est possible) quel est le rôle du Saint-Esprit que l’Institution elle-même présente comme un assistant – c’est-à-dire comme quelqu’un qui dispense des soins – au Conclave (et non pas comme un spectateur qui se limite à “assister” depuis l’orchestre à ce qui se passe sur la scène).
En fait, l’ambiguïté persiste, comme le montrent ce que dit Ratzinger dans l’incipit et le passage suivant (la majuscule de “cependant” est de moi), dont les auteurs sont Don Roberto Caria et le professeur Daniele Trabucco (de ticinolive.ch) :
« La foi de l’Église confesse que l’Esprit Saint, Troisième Personne de la Très Sainte Trinité, assiste infailliblement l’Église et que, dans le choix du Successeur de Pierre, il est présent comme une lumière intérieure qui guide les cardinaux vers le bien de l’Église universelle. CEPENDANT, cette présence ne doit pas être comprise en termes magiques ou déterministes. Il ne s’agit pas d’une sorte d’inspiration irrésistible ou d’une garantie absolue que chaque choix concret corresponde parfaitement à la volonté divine, comme si la liberté humaine était suspendue ou absorbée dans l’acte électif. L’assistance du Saint-Esprit est plutôt de nature morale et surnaturelle : il illumine, émeut les cœurs, inspire les pensées et les intentions, mais n’annule ni ne restreint la liberté des hommes. C’est précisément parce que les cardinaux agissent en hommes libres qu’ils peuvent répondre plus ou moins fidèlement à l’inspiration qu’ils reçoivent. Ils sont appelés à un acte de discernement, qui requiert la prière, l’ascèse intérieure, le détachement des passions terrestres et la docilité aux mouvements de la grâce. Dans cette dynamique, la participation humaine n’est pas un élément secondaire, mais plutôt une exigence intrinsèque de l’œuvre divine : Dieu ne sauve pas sans l’homme, ni ne guide l’Église sans la participation libre et responsable de ceux qu’il appelle à servir son dessein. »
Ce « CEPENDANT » sonne comme le ratzingerien “sauvons la chèvre et le chou” de Ratzinger : le Saint-Esprit est là mais compte jusqu’à un certain point puisqu’il respecte la liberté des cardinaux. Mais au début du Conclave (valide ?) les électeurs chantent le “Veni Creator”, les sujets voient et écoutent et les jeux sont faits : le Pape est celui voulu par le Saint-Esprit… mais pas pour les sujets impertinents et rebelles.
« Il ne s’agit pas d’une sorte d’inspiration irrésistible » dit le passage cité, alors que l’inspiration – si elle est authentique – est irrésistible parce que, loin d’être “magique ou déterministe”, elle élève l’inspiré, même momentanément, à un état de conscience beaucoup plus sensible aux “vibrations célestes” que la conscience ordinaire. Après tout, aucun grand poète n’a pu résister à l’inspiration, grâce à laquelle nous pouvons apprécier ses œuvres. Et oui : l’inspiration ne se produit pas seulement dans la sphère ecclésiastique.
L’ambiguïté est indéniable : le Saint-Esprit assiste (prend soin) du Conclave en éclairant les participants, qui, étant libres, peuvent lui correspondre ou non. Alors la question se pose : la majorité des cardinaux qui décident qui doit être le Pape est-elle celle qui correspond à l’illumination du Saint-Esprit tandis que la minorité n’est pas éclairée ? Est-ce donc le Saint-Esprit qui rassemble la majorité ?
Et pourquoi ne pourrait-il pas en être autrement, c’est-à-dire que la minorité soit éclairée et que pourtant la majorité stratégique et politique non éclairée l’emporte ? « Il y a trop d’exemples de papes que le Saint-Esprit n’aurait évidemment pas choisis », dit Ratzinger, des mots qui confirment de manière irréfutable l’ambiguïté concernant le rôle du Saint-Esprit dans le Conclave.
Et cela ne s’arrête pas là, puisque les cardinaux électeurs se sont réunis dans les Congrégations pré-conclave pour discuter… de quoi ?, entre autres choses avec la grande difficulté des différentes langues qui persistent même au Conclave. Or, dans ces congrégations, y avait-il l’assistance du Saint-Esprit ? Ou bien un échange (peut-être pas exactement fraternel même s’il est masqué par des sourires) d’opinions à saveur stratégico-politique ne s’est-il pas instauré alors que le Saint-Esprit s’en va à la pêche ?
Avant de terminer, une mention de l’émission de l’après-midi du 7 mai sur TG1, opportunément organisée par les sujets de la hiérarchie pour présenter le Conclave sous la lumière du Saint-Esprit, dans laquelle le bon juif Paolo Mieli, soulignant les “pas de géant” accomplis par l’Église, souhaitait “prophétiquement” que la religieuse française Nathalie Becquart, également présente en studio, soit bientôt… nommée cardinale.
Certes, pour l’instant, il n’y a que la persistance indéniable de la situation bergoglienne pré-léonine que des enthousiasmes trop prématurés ne voient comme réformable que parce que le nouveau pape (valide ?) a parlé… de Jésus-Christ et de paix !
Source : https://marcotosatti.com/2025/05/13/senza-titolo-ma-con-un-grosso-punto-interrogativo-il-matto/
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